Friday, February 12, 2010

Genevieve's Reflections on Heward

Ce bref essai porte sur la présentation de Lyn Heward, directrice du contenu créatif du Cirque du soleil. Cette présentation m’a étonnamment inspirée en raison de son message fondamental: la créativité est un plat qui se cuisine. La recette est parfois complexe et nécessite l’intervention de plus d’un chef. On s’imagine que tout créateur est un artiste torturé par son besoin de création alors que la créativité serait plutôt une énergie fluide présente en chacun de nous. Il suffit de savoir comment l’apprivoiser, comment la nourrir, comment la concrétiser.

Il n’est pas étonnant que Heward considère que les attentes considérables (great expectations) constituent le principal moteur de la créativité. Un ami réalisateur serbe me confiait récemment qu’il se sentait en panne d’inspiration créative car il considérait que le milieu montréalais était « accommodant à la médiocrité». Il sentait que les attentes du public et des médias étaient nivelées vers le bas par rapport aux industries de l’Europe de l’Est, que les subventions actuelles aux artistes étaient « une forme d’assurance sociale déguisée ». Bien que je ne sois pas entièrement d’accord avec son propos, j’ai quand même pu déceler chez lui une lassitude crée par l’absence de great expectation. Même son de cloche chez un autre ami musicien qui s’est étonné qu’une première maquette musicale envoyée à son client (un « broullion mélodique » pour une publicité) se retrouve sur la bande sonore de cette publicité sans aucune retouche préalable ni préavis. Le chèque fut reçu par la poste la semaine suivante…

Heward m’a éveillé à l’une des sources de ces « attentes considérables » : les créateurs ont besoins de « guides » qui les stimulent, qui les poussent à aller plus loin, qui voient en eux le talent et le potentiel que ces mêmes créateurs ne voient pas eux-mêmes. Surtout, Heward m’a éclairée sur le rôle que je devais jouer en tant qu’avocate de coulisse et m’a responsabilisée face à cette réalité : « Some people design, some people make it happen ». Au-delà de nos rôles de brasseurs de paperasse légale, il nous faut également participer au processus créatif des artistes, trouver notre « Zoomanity » à nous. Notre travail a également une composante créative qui peut et doit être explorée à fond. L’appropriation psychologique du produit créatif fera de nous des professionnels inspirés et inspirants, stimulés et stimulants. Voir la créativité chez les autres nous amène à voir notre propre créativité en nous-mêmes, et vice-versa.

Il existe une nécessité d’exploiter nos sens, souvent engourdis à force de lire des jugements. Être à l’affût de sa propre créativité et de celle des autres, c’est aussi cultiver tous ses sens, concevoir de nouveaux modes de résolution de problème plus participatif et moins hiérarchiques. Les nouveaux modèles de processus et d’environnements créatifs émergent tranquillement dans les plus grosses entreprises (Cirque du soleil, Google, etc.). Il reste à savoir de quelle façon ces modèles peuvent être transposés à plus petite échelle lorsque les ressources sont limitées.

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